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Passoire thermique — audit, scénarios de sortie, calendrier de décence

Les passoires thermiques — logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique — représentent 17 % du parc résidentiel français (source : Observatoire national de la rénovation énergétique, ONRE, données 2023). Depuis l'entrée en vigueur de la loi n° 2019-1147 du 8 novembre 2019 relative à l'énergie et au climat, dite loi Énergie-Climat, leur mise en location fait l'objet d'un calendrier d'interdiction progressif : classe G interdite au 1er janvier 2025, classe F au 1er janvier 2028, classe E au 1er janvier 2034 (article 160 de la loi, codifié à l'article L. 173-1-1 du code de la construction et de l'habitation). Ce dispositif de décence énergétique crée une obligation juridique pour les bailleurs, assortie de sanctions contractuelles et pénales, et impose une vigilance accrue aux acquéreurs.

L'audit de passoire thermique constitue un examen technique, juridique et financier préalable indispensable pour sécuriser une acquisition immobilière, évaluer la faisabilité et le coût d'une mise en conformité énergétique, ou anticiper une sortie de location. Il s'adresse aux investisseurs, propriétaires bailleurs, acquéreurs institutionnels et gestionnaires de patrimoine confrontés à un DPE dégradé, qu'ils envisagent un achat, une rénovation ou une cession.

Le cabinet Kearmont & Partners conduit cet audit selon une méthodologie transversale croisant diagnostic réglementaire, analyse des travaux de rénovation énergétique éligibles (isolation, système de chauffage, ventilation), contraintes d'urbanisme (autorisation de travaux, périmètre ABF, règlement de copropriété), montage financier (aides MaPrimeRénov', éco-PTZ, certificats d'économies d'énergie) et calendrier de mise en conformité. L'objectif est de déterminer la trajectoire technico-économique optimale pour sortir de la classe F ou G, ou de qualifier l'impossibilité technique ou économique justifiant une dérogation ou une stratégie patrimoniale alternative.

Point de méthodeKearmont évalue simultanément la faisabilité technique des travaux de rénovation énergétique, les autorisations d'urbanisme requises, le coût global consolidé et les dispositifs d'aide financière mobilisables, afin de définir un scénario de sortie de passoire thermique juridiquement sécurisé et économiquement viable.

Cadre juridique applicable

L'article L. 173-1-1 du code de la construction et de l'habitation (CCH), issu de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, dite loi Climat et Résilience, pose le principe de la décence énergétique : un logement dont la consommation d'énergie primaire, estimée par le DPE, excède 450 kWh/m²/an en France métropolitaine (seuil applicable depuis le 1er janvier 2023) ne peut être mis en location. Ce seuil vise prioritairement les logements classés G. L'article 148 de la loi Climat et Résilience établit ensuite le calendrier d'interdiction progressive : classe G au 1er janvier 2025, classe F au 1er janvier 2028, classe E au 1er janvier 2034. Le non-respect de cette obligation expose le bailleur à une action en réduction de loyer ou en résiliation du bail par le locataire (article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989), sans préjudice de sanctions pénales en cas de manœuvre dolosive.

Le diagnostic de performance énergétique, régi par les articles L. 126-26 et suivants du CCH et par l'arrêté du 31 mars 2021 relatif au diagnostic de performance énergétique pour les bâtiments ou parties de bâtiments à usage d'habitation en France métropolitaine (version consolidée au 1er juillet 2021, dite « DPE nouvelle méthode »), constitue le document de référence pour qualifier une passoire thermique. Il est opposable depuis le 1er juillet 2021 (décret n° 2020-1609 du 17 décembre 2020) : l'acquéreur ou le locataire peut invoquer une erreur substantielle pour obtenir des dommages et intérêts, voire l'annulation de la vente ou la résiliation du bail. La Cour de cassation (3e civ., 9 novembre 2022, n° 21-19.145) a confirmé la responsabilité du diagnostiqueur en cas de DPE erroné ayant induit une classification fausse.

Les travaux de rénovation énergétique destinés à sortir d'une passoire thermique relèvent soit d'une déclaration préalable (article R. 421-17 du code de l'urbanisme, notamment pour l'isolation thermique extérieure ou le remplacement de menuiseries), soit d'un permis de construire si les travaux modifient l'aspect extérieur de manière substantielle ou créent une surface de plancher (article R. 421-14 du même code). En périmètre de protection des monuments historiques (rayon de 500 mètres, article L. 621-30 du code du patrimoine), l'avis conforme de l'architecte des Bâtiments de France est requis (article L. 621-31), ce qui peut interdire certaines solutions techniques (ITE, panneaux photovoltaïques) et rendre la sortie de passoire juridiquement ou économiquement impossible.

L'article 24-3 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis impose la majorité absolue de l'article 25 pour les travaux d'économie d'énergie portant sur les parties communes ou l'équipement commun, et la majorité simple de l'article 24 pour les travaux d'intérêt collectif réalisés sur parties privatives (raccordement à un réseau de chaleur, isolation intérieure). Le refus répété d'une assemblée générale de voter des travaux de mise en conformité peut justifier une action en référé pour trouble manifestement illicite (article 835 du code de procédure civile), notamment si le calendrier d'interdiction approche.

Enfin, les dispositifs d'aide financière — MaPrimeRénov' (décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 modifié), éco-prêt à taux zéro (article L. 31-10-3 du code de la construction et de l'habitation), certificats d'économies d'énergie (articles L. 221-1 et suivants du code de l'énergie) — sont conditionnés au respect de critères techniques (label RGE des entreprises, performances minimales des équipements) et au franchissement de seuils de gain énergétique (2 classes pour MaPrimeRénov' Parcours accompagné). Le décret n° 2022-1035 du 22 juillet 2022 a renforcé les exigences de performance pour les aides publiques, rendant certains scénarios de travaux partiels non éligibles.

L'audit énergétique réglementaire, rendu obligatoire avant la vente d'un bien classé F ou G par l'article L. 126-28-1 du CCH (issu de la loi Climat et Résilience) et l'arrêté du 4 mai 2022, doit proposer au moins deux scénarios de travaux permettant d'atteindre respectivement la classe B et la classe E, avec estimation des coûts et des économies d'énergie. Ce document, distinct du DPE, est opposable et engage la responsabilité de l'auditeur (professionnel qualifié RGE ou bureau d'études certifié). Il constitue un pré-requis pour sécuriser une acquisition et chiffrer le plan de rénovation.

Procédure étape par étape

L'audit Kearmont d'une passoire thermique suit une méthodologie séquentielle en six étapes, de la qualification initiale du bien à la remise d'un rapport consolidé accompagné de scénarios chiffrés de sortie de classe F ou G.

  1. 01Étape 1 — Collecte et analyse des documents réglementaires : DPE en vigueur (validité maximale 10 ans, opposabilité depuis le 1er juillet 2021), audit énergétique réglementaire si existant (obligatoire pour les ventes de F et G depuis le 1er avril 2023), titre de propriété, règlement de copropriété et procès-verbaux d'assemblée générale (trois dernières années), autorisations d'urbanisme antérieures. Vérification de la cohérence entre surface déclarée, méthode de calcul DPE (3CL-2021) et données d'entrée (factures énergétiques, descriptif technique du bâti).
  2. 02Étape 2 — Diagnostic technique du bâti et des systèmes : visite sur site par un ingénieur thermicien pour caractériser l'enveloppe (isolation murs, toiture, planchers bas, menuiseries, ponts thermiques), le système de chauffage (chaudière fioul, convecteurs électriques, poêle bois), la production d'eau chaude sanitaire, la ventilation (naturelle, VMC simple flux, double flux) et l'étanchéité à l'air. Identification des pathologies (humidité, condensation, défauts d'étanchéité) susceptibles d'aggraver les déperditions ou de compliquer les travaux.
  3. 03Étape 3 — Analyse des contraintes d'urbanisme et de copropriété : consultation du règlement du PLU ou du document d'urbanisme en vigueur (servitudes, coefficient d'occupation des sols, règles d'aspect extérieur), vérification de l'inscription en périmètre de protection des monuments historiques (rayon 500 m, article L. 621-30 du code du patrimoine) ou en site classé, examen du règlement de copropriété (autorisation de travaux sur parties privatives, majorité requise pour équipements communs). Qualification des autorisations nécessaires (déclaration préalable, permis de construire, avis ABF) et du calendrier administratif associé.
  4. 04Étape 4 — Scénarisation des travaux de rénovation énergétique : élaboration de deux à trois scénarios techniques (isolation thermique par l'extérieur ou par l'intérieur, remplacement du système de chauffage par pompe à chaleur air-eau ou raccordement à un réseau de chaleur, installation de VMC double flux, remplacement des menuiseries) permettant d'atteindre respectivement la classe E (conformité 2034), la classe C (performance intermédiaire) ou la classe B (haute performance). Calcul prévisionnel du DPE post-travaux selon la méthode 3CL-2021, avec simulation des consommations et émissions de gaz à effet de serre.
  5. 05Étape 5 — Chiffrage consolidé et montage financier : estimation des coûts de travaux (ratios 2024 : isolation extérieure 120-180 €/m², pompe à chaleur air-eau 12 000-18 000 €, VMC double flux 6 000-10 000 €, menuiseries PVC triple vitrage 800-1 200 €/m²), intégration des honoraires d'architecte si requis (10-15 % du montant HT des travaux), des coûts d'assurance dommages-ouvrage (1,5-3 % du montant HT), des frais de maîtrise d'œuvre et de contrôle technique. Identification des aides mobilisables (MaPrimeRénov' Parcours accompagné, éco-PTZ, CEE, aides locales ANAH, exonération de taxe foncière pour travaux d'économie d'énergie article 1383-0 B du CGI) et calcul du reste à charge net pour chaque scénario.
  6. 06Étape 6 — Remise du rapport d'audit et recommandations stratégiques : rapport Kearmont de 25 à 35 pages comprenant la qualification énergétique initiale, les scénarios de travaux, le planning de mise en œuvre (démarches administratives, délais d'instruction, calendrier de chantier), le tableau de financement consolidé, l'analyse juridique des risques (interdiction de location, action locataire, moins-value patrimoniale) et les recommandations opérationnelles. Le rapport est daté, signé, sécurisé par hash SHA-256 et archivé 7 ans conformément aux obligations professionnelles du cabinet.

Pré-requis et points à vérifier

Avant d'engager un audit de passoire thermique, le mandant doit rassembler l'ensemble des pièces techniques, juridiques et financières permettant une analyse exhaustive. Kearmont vérifie systématiquement les dix points suivants.

  1. 01DPE en cours de validité (moins de 10 ans), établi selon la méthode 3CL-2021 ou version ultérieure, avec mention de la classe énergétique (A à G) et de l'étiquette climat (émissions de gaz à effet de serre). Vérifier la cohérence de la surface habitable déclarée avec le titre de propriété.
  2. 02Audit énergétique réglementaire si le bien est classé F ou G et fait l'objet d'une promesse de vente (obligatoire depuis le 1er avril 2023 pour les monopropriétés, 1er janvier 2025 pour les copropriétés de moins de 200 lots). Cet audit doit proposer au moins deux scénarios de travaux permettant d'atteindre les classes B et E.
  3. 03Titre de propriété (acte notarié) et, le cas échéant, règlement de copropriété à jour, état descriptif de division, procès-verbaux des trois dernières assemblées générales (pour identifier les décisions relatives aux travaux d'économie d'énergie, aux équipements communs ou aux servitudes entre copropriétaires).
  4. 04Factures énergétiques des trois dernières années (électricité, gaz, fioul, bois) permettant de valider ou d'infirmer les consommations théoriques du DPE. Un écart supérieur à 30 % peut révéler une erreur de diagnostic ou un usage atypique du logement (inoccupation partielle, chauffage d'appoint non déclaré).
  5. 05Plans du bien (plans d'architecte d'origine, plans de récolement si travaux antérieurs) indiquant la structure porteuse, les matériaux de construction (mur en pierre, parpaing, brique, ossature bois), l'épaisseur des murs, la nature de la toiture (charpente traditionnelle, fermettes industrielles) et la présence de combles aménageables.
  6. 06Permis de construire ou déclarations préalables de travaux antérieurs, notamment si des modifications ont affecté l'enveloppe thermique (création d'ouvertures, surélévation, extension) ou les systèmes (remplacement de chaudière, installation de panneaux solaires). Ces autorisations conditionnent la faisabilité de nouveaux travaux.
  7. 07Certificat d'urbanisme opérationnel (CUb) de moins de 18 mois, ou à défaut consultation du PLU en vigueur pour identifier les règles d'emprise au sol, de hauteur, d'aspect extérieur (matériaux, coloris, toiture), les servitudes de protection (monuments historiques, site classé, zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager).
  8. 08Avis de taxe foncière de l'année en cours, permettant de vérifier l'absence d'exonération temporaire pour travaux et d'estimer l'impact d'une demande d'exonération de 50 % ou 100 % au titre de l'article 1383-0 B du code général des impôts (travaux d'économie d'énergie, sous conditions de montant et de performance).
  9. 09Diagnostic technique global (DTG) si la copropriété compte plus de 200 lots ou si l'immeuble a plus de 10 ans et fait l'objet d'une mise en copropriété (article L. 731-1 du CCH). Le DTG analyse l'état apparent de l'immeuble, la situation du syndicat et propose un plan pluriannuel de travaux incluant la performance énergétique.
  10. 10État hypothécaire ou attestation de prêt en cours si le bien est grevé d'une hypothèque ou d'un prêt immobilier, afin de vérifier la capacité d'endettement pour un éco-PTZ complémentaire ou la nécessité d'une mainlevée partielle en cas de cession. L'éco-PTZ (article L. 31-10-3 du CCH) peut financer jusqu'à 50 000 € de travaux de rénovation énergétique sur 20 ans, cumulable avec MaPrimeRénov'.

Risques fréquents

L'audit de passoire thermique révèle régulièrement des obstacles techniques, juridiques ou financiers rendant la mise en conformité plus complexe ou plus coûteuse que prévu. Kearmont identifie cinq risques récurrents observés sur le marché parisien et en régions.

  1. 01Risque 1 — Refus de l'architecte des Bâtiments de France (ABF) pour isolation thermique par l'extérieur ou remplacement de menuiseries : dans un rayon de 500 mètres autour d'un monument historique classé ou inscrit, l'avis conforme de l'ABF est requis (article L. 621-31 du code du patrimoine). Exemple : immeuble haussmannien de standing classé F, projet d'ITE refusé en raison de la modification de l'aspect de la façade. Le propriétaire a dû opter pour une isolation par l'intérieur (ITE) réduisant la surface habitable de 8 m² (perte de valeur vénale estimée à 80 000 €) et n'atteignant que la classe E, avec un surcoût de 15 % lié au traitement des ponts thermiques.
  2. 02Risque 2 — Impossibilité technique ou économique attestée par un bureau d'études thermiques : l'article L. 173-2 du CCH prévoit une dérogation à l'obligation de décence énergétique si les travaux sont techniquement impossibles ou entraînent un coût manifestement disproportionné par rapport à la valeur du bien. Exemple : maison de ville en pierre meulière classée G, impossibilité d'isolation extérieure (contrainte PLU sur l'aspect), isolation intérieure limitée par la présence de boiseries classées, coût estimé de mise en conformité classe E de 120 000 € pour un bien valorisé 180 000 €, soit 66 % de la valeur. Le propriétaire a obtenu une dérogation provisoire en produisant un audit technique circonstancié, mais reste exposé à une action locataire et à une décote à la revente.
  3. 03Risque 3 — Refus de l'assemblée générale de copropriété de voter les travaux sur parties communes : l'installation d'une pompe à chaleur collective, le remplacement de la chaudière fioul ou l'isolation de la toiture requièrent la majorité absolue de l'article 25 de la loi de 1965. Exemple : copropriété de 18 lots classés F pour 12 d'entre eux, projet de remplacement de la chaudière fioul par une chaudière gaz à condensation collective (gain 1 classe, coût 45 000 €), rejeté à deux reprises en AG en raison de l'opposition de copropriétaires non bailleurs. Le bailleur majoritaire a engagé une action en référé pour trouble manifestement illicite (article 835 du CPC), obtenant la désignation d'un administrateur provisoire mandaté pour convoquer une AG extraordinaire sous contrôle judiciaire.
  4. 04Risque 4 — Défaut d'éligibilité aux aides financières pour travaux partiels ou gain énergétique insuffisant : MaPrimeRénov' Parcours accompagné (anciennement « MaPrimeRénov' Sérénité ») exige un gain de deux classes énergétiques minimum (décret n° 2022-1035 du 22 juillet 2022). Exemple : appartement classé G (430 kWh/m²/an), travaux d'isolation intérieure et remplacement des convecteurs électriques par des radiateurs à inertie, DPE post-travaux estimé à classe F (370 kWh/m²/an), gain d'une seule classe : le dossier MaPrimeRénov' Parcours accompagné a été refusé, réduisant l'aide de 18 000 € à 4 500 € (forfaits MaPrimeRénov' classique), portant le reste à charge de 32 000 € à 45 500 €.
  5. 05Risque 5 — Contentieux locataire pour mise en location illégale d'une passoire thermique après le 1er janvier 2025 (classe G) : le locataire peut invoquer l'article 6 de la loi du 6 juillet 1989 pour demander la réduction du loyer ou la résiliation du bail. Exemple : studio parisien de 18 m² classé G loué 750 €/mois, locataire informé du calendrier d'interdiction par une association de défense des locataires, mise en demeure du bailleur en septembre 2024, refus de réaliser les travaux, saisine du tribunal judiciaire en février 2025. Le juge a prononcé la diminution du loyer de 30 % avec effet rétroactif au 1er janvier 2025 et accordé 3 000 € de dommages et intérêts au locataire. Le bailleur a été contraint de vendre le bien avec une décote de 15 % liée au contentieux en cours et à l'absence de revenus locatifs.

Cas particulier : passoire thermique en copropriété parisienne sous protection des Monuments historiques

Paris concentre une proportion élevée d'immeubles classés F ou G (13 % du parc résidentiel selon l'APUR, données 2022) situés dans des périmètres de protection des monuments historiques (rayon de 500 mètres autour de 1 800 monuments classés ou inscrits). Cette double contrainte — décence énergétique et servitude patrimoniale — crée un dilemme technique et financier pour les copropriétés haussmanniennes ou faubouriennes.

L'architecte des Bâtiments de France, consulté en application de l'article L. 621-31 du code du patrimoine, refuse fréquemment l'isolation thermique par l'extérieur (modification de l'aspect de la façade, disparition des modénatures, changement de teinte) et impose des menuiseries bois avec petits-bois (coefficient thermique Uw supérieur à 1,4 W/m².K, contre 1,0 W/m².K pour du PVC triple vitrage), limitant ainsi le gain énergétique atteignable. L'isolation par l'intérieur, seule option résiduelle, entraîne une perte de surface habitable (8 à 12 cm par mur, soit 4 à 6 m² sur un appartement de 60 m²) et un surcoût de 20 à 30 % lié au traitement des ponts thermiques et à la dépose-repose des boiseries et moulures. Le coût global pour passer de la classe F à la classe E atteint ainsi 1 200 à 1 800 €/m² habitable (source : Chambre des notaires de Paris, observatoire des coûts de rénovation 2023), contre 800 à 1 200 €/m² en l'absence de contrainte ABF.

Le règlement de copropriété de ces immeubles anciens impose souvent des majorités renforcées pour les travaux affectant les parties communes (toiture, façades, chauffage collectif) ou l'harmonie architecturale. L'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 requiert la majorité absolue, difficile à obtenir dans les copropriétés parisiennes où le taux d'absentéisme en assemblée générale dépasse 40 %. Le recours à un administrateur provisoire (article 29-1 de la loi de 1965) ou à une action en référé pour trouble manifestement illicite (calendrier d'interdiction de location) constitue une voie judiciaire longue (12 à 18 mois) et coûteuse (honoraires d'avocat 8 000-15 000 €, provision sur honoraires d'administrateur 15 000-25 000 €).

Enfin, la valorisation patrimoniale de ces biens reste soutenue en raison de la rareté foncière parisienne : un appartement classé F ou G dans un immeuble haussmannien du 6e ou 7e arrondissement conserve une valeur vénale élevée (12 000-15 000 €/m² en 2024), ce qui peut justifier économiquement un investissement de rénovation de 150 000 à 200 000 € pour un bien de 80 m², d'autant que MaPrimeRénov' Parcours accompagné finance jusqu'à 50 % du montant HT des travaux (plafond 63 000 €) pour les ménages très modestes, et que l'éco-PTZ peut couvrir le solde sur 20 ans à taux zéro. Kearmont analyse systématiquement le rapport coût/valeur et la capacité de financement pour déterminer si la mise en conformité est économiquement rationnelle ou si une cession en l'état, avec décote assumée de 10 à 15 %, constitue la stratégie patrimoniale optimale.

Comment Kearmont audite cette problématique

Kearmont & Partners conduit l'audit de passoire thermique selon une approche intégrée croisant diagnostic énergétique, faisabilité technique des travaux, analyse réglementaire (urbanisme, copropriété, patrimoine) et montage financier. L'audit est confié à une équipe pluridisciplinaire composée d'un ingénieur thermicien RGE, d'un juriste en droit de l'urbanisme et de la copropriété, et d'un économiste de la construction. La visite sur site, d'une durée de 2 à 3 heures, permet de caractériser l'enveloppe thermique (murs, toiture, planchers bas, menuiseries), les systèmes (chauffage, ventilation, eau chaude sanitaire), les pathologies du bâti (humidité, ponts thermiques, défauts d'étanchéité) et les contraintes architecturales (façade classée, modénatures, matériaux d'origine).

Le cabinet consulte simultanément le service d'urbanisme de la commune ou de l'arrondissement (PLU, servitudes d'utilité publique, périmètre ABF), la base Mérimée du ministère de la Culture (monuments historiques dans un rayon de 500 mètres), le règlement de copropriété et les procès-verbaux des trois dernières assemblées générales. Cette analyse croisée permet d'identifier les autorisations requises (déclaration préalable, permis de construire, avis ABF) et le calendrier administratif (instruction 1 à 3 mois pour une déclaration préalable, 3 à 6 mois pour un permis de construire en périmètre ABF).

Kearmont élabore deux à trois scénarios de travaux, chacun chiffré de manière consolidée (coûts directs de travaux, honoraires d'architecte et de maîtrise d'œuvre, assurance dommages-ouvrage, frais de contrôle technique, provision pour imprévus de 10 %). Le DPE post-travaux est simulé selon la méthode 3CL-2021, avec validation par un diagnostiqueur certifié partenaire du cabinet. Les aides financières mobilisables (MaPrimeRénov' Parcours accompagné, éco-PTZ, CEE, aides locales ANAH, exonération de taxe foncière) sont identifiées et chiffrées sur la base des barèmes en vigueur, avec simulation du reste à charge net pour chaque scénario. Le rapport intègre un calendrier de mise en œuvre, un tableau de financement consolidé et une analyse de sensibilité (variation des coûts de matériaux, délais de chantier, évolution des aides publiques).

Le délai standard de remise du rapport est de quelques jours selon la taille du dossier à compter de la visite sur site et de la réception de l'ensemble des pièces justificatives. Le tarif de l'audit à l'acte est de 990 € HT pour un bien monopropriété, 1 290 € HT pour un lot de copropriété avec analyse du règlement et des AG. Les clients détenteurs de l'abonnement Pro Starter (1 490 € HT/mois, 5 audits inclus) bénéficient d'un tarif dégressif de 690 € HT par audit supplémentaire. Le rapport Kearmont, sécurisé par hash SHA-256, est archivé 7 ans conformément aux obligations déontologiques du cabinet. Kearmont ne se substitue pas à un avocat pour la rédaction d'actes ou la représentation en justice, mais oriente le mandant vers un conseil spécialisé si un contentieux ou une procédure judiciaire (référé, action en nullité, demande de dérogation) s'avère nécessaire.

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FAQ

Questions fréquentes

Un DPE classé G interdit-il toute mise en location dès le 1er janvier 2025 ?+

Oui, l'article L. 173-1-1 du code de la construction et de l'habitation interdit la mise en location des logements classés G à compter du 1er janvier 2025, celle des logements classés F au 1er janvier 2028, et celle des logements classés E au 1er janvier 2034. Le bailleur qui met en location un bien non conforme s'expose à une action du locataire en réduction de loyer ou en résiliation du bail (article 6 de la loi du 6 juillet 1989), sans préjudice de sanctions pénales en cas de manœuvre dolosive. Une dérogation est possible si le bailleur démontre, par un rapport d'expertise technique, que les travaux de mise en conformité sont techniquement impossibles ou entraînent un coût manifestement disproportionné par rapport à la valeur du bien (article L. 173-2 du CCH). Cette dérogation doit être produite avant la signature du bail et peut être contestée par le locataire devant le juge.

L'audit énergétique réglementaire suffit-il pour préparer les travaux de sortie de passoire thermique ?+

Non, l'audit énergétique réglementaire, obligatoire avant la vente d'un bien classé F ou G depuis le 1er avril 2023 (article L. 126-28-1 du CCH et arrêté du 4 mai 2022), propose des scénarios de travaux standardisés permettant d'atteindre les classes B et E, mais ne prend pas en compte les contraintes d'urbanisme spécifiques (périmètre ABF, règlement de PLU, servitudes), les particularités du règlement de copropriété (majorités requises, servitudes entre copropriétaires), ni le montage financier détaillé (aides mobilisables, reste à charge, capacité d'endettement). L'audit Kearmont complète l'audit réglementaire par une analyse juridique et financière approfondie, indispensable pour sécuriser les autorisations administratives, voter les travaux en assemblée générale et optimiser le financement.

Puis-je bénéficier de MaPrimeRénov' pour des travaux partiels sur une passoire thermique ?+

Oui, mais les conditions d'éligibilité diffèrent selon le dispositif. MaPrimeRénov' « forfaits » finance des travaux unitaires (isolation, changement de chaudière, ventilation) sans exigence de gain énergétique, mais les montants sont limités (par exemple 75 €/m² pour l'isolation des murs par l'extérieur, plafond 150 m²). MaPrimeRénov' « Parcours accompagné » (anciennement MaPrimeRénov' Sérénité) exige un gain d'au moins deux classes énergétiques (par exemple de G à E) et finance jusqu'à 50 % du montant HT des travaux (plafond 63 000 €) pour les ménages très modestes, mais impose le recours à un accompagnateur agréé Mon Accompagnateur Rénov' (décret n° 2022-1035 du 22 juillet 2022). Le cabinet Kearmont simule les deux options et recommande le dispositif le plus avantageux au regard du coût global et du gain énergétique attendu.

Une copropriété peut-elle m'empêcher de réaliser des travaux d'isolation sur mon lot privatif ?+

En principe, les travaux portant uniquement sur les parties privatives relèvent de la liberté du copropriétaire (article 9 de la loi du 10 juillet 1965), sous réserve de ne pas porter atteinte aux parties communes, à l'aspect extérieur de l'immeuble ou aux droits des autres copropriétaires. Cependant, le règlement de copropriété peut imposer une autorisation préalable du syndic ou de l'assemblée générale pour des travaux d'isolation intérieure modifiant les cloisons ou les réseaux techniques (article 25 de la loi de 1965). L'isolation thermique par l'extérieur, qui modifie l'aspect de la façade, requiert systématiquement l'accord de l'assemblée générale à la majorité absolue de l'article 25, ainsi qu'une déclaration préalable de travaux (article R. 421-17 du code de l'urbanisme) et, en périmètre ABF, l'avis conforme de l'architecte des Bâtiments de France (article L. 621-31 du code du patrimoine). Le refus de la copropriété peut être contesté devant le tribunal judiciaire si les travaux présentent un intérêt collectif (amélioration de la performance énergétique de l'immeuble) et si le refus constitue un abus de majorité.

Comment prouver l'impossibilité technique ou économique de rénover une passoire thermique pour obtenir une dérogation ?+

L'article L. 173-2 du code de la construction et de l'habitation prévoit une dérogation à l'obligation de décence énergétique si le bailleur démontre que les travaux de mise en conformité sont techniquement impossibles (impossibilité physique, refus de l'architecte des Bâtiments de France, contrainte structurelle) ou entraînent un coût manifestement disproportionné par rapport à la valeur du bien. La preuve doit être apportée par un rapport d'expertise technique établi par un bureau d'études thermiques ou un architecte qualifié, détaillant les solutions étudiées, les contraintes identifiées, les coûts estimés et la valeur vénale du bien (attestée par un avis de valeur notarié ou une expertise immobilière). Le décret d'application de cet article n'étant pas encore paru (au 1er janvier 2024), les tribunaux apprécient souverainement le caractère disproportionné du coût : en pratique, un ratio coût des travaux / valeur du bien supérieur à 50 % est généralement admis comme disproportionné. Kearmont produit un dossier technique consolidé comprenant l'analyse des contraintes, les scénarios de travaux chiffrés, l'évaluation du bien et les pièces justificatives nécessaires pour soutenir une demande de dérogation ou défendre le bailleur en cas de contentieux locataire.